Peintures

Tableaux gravés

Le sublime consiste à montrer la vérité franche et violente du monde sous son vernis d’apparence. Il procède à une révélation des dimensions faramineuses des éléments ainsi que de la violence de leur activité.

La gravure marque la forme des choses dans la matière, elle est la trace tangible de leur essence. Elle souligne la forme profonde, fondamentale, structurelle. Elle dénote la notion. En cela elle est un rappel de l’évidence invisible, celle des échelles incommensurables du cosmos, celle de la violence des éléments.

La peinture quant à elle expose l’apparence violente de la scène représentée. Si la gravure est dans la matérialité radicale, la spatialité, la peinture est du côté du temps, et plus particulièrement le temps bref, le kairos grec. La peinture est du côté de la perception, du sensible, du spectateur et de son impression à un instant donné.

Selon son angle, la lumière éclairant les tableaux gravés leur donne une apparence différente, parfois menaçante, souvent trompeuse. Les ombres de la gravure sont portées, les contrastes ou la netteté varient. L’interprétation varie selon le point de vue qu’impose cette ombre projetée. Mais en profondeur, le toucher ne trompe pas, les rainures restent immobiles, rugueuses, aiguës et pleines d’échardes, à l’image de la nature brute.

Tableaux sculptés

« and total darkness covered all Egypt for three days. No one could see anyone else or leave his place for three days. » Travail en cours

-Problème : immatérialité de l’huile. Trop fragile, trop fin. Langage de l’illusion, eidolon.

-Compétence 1 : sculpture. Analogie structuralisme. Agencement et fixation notionnelle. Forme.

-Compétence 2 : huile. Surface = actualisation de la notion. Passage de la langue en discours. Couleur & lumière.

-Conclusion : relief signifiant. Épaisseur, solidification notionnelle. Réponse tranchée aux problématiques de textures. Gain bonus 1 : luxe du bois. Gain bonus 2 : matérialisation profondeur.

-Adjuvant : savoir-faire art populaire

-Risque, aspect morbide : ossification, sclérose

Qu’est-ce que c’est, Robin Suiffet?

Qu’est-ce que c’est, R.S ?

Statut

artiste-auteur & angliciste

S’adresse à qui ?

Particuliers

Hôteliers : œuvres d’art personnalisées et locales

Sauf indication contraire, tous les travaux exposés sur ce site sont

en vente

Si vous êtes intéressés, envoyez simplement le nom de l’ouvrage

à l’adresse suivante :

robinsuiffet@gmail.com

Best-seller du moment : Des carnets sous la montagne, manifeste illustré.

Disponible en seulement trois cents exemplaires numérotés

Rêver dans le confinement

APPEL À PARTICIPATION

Racontez-moi les rêves que vous faites.

Avec l’aide de plusieurs psychologues, je suis en train de monter un ouvrage illustré qui raconte les rêves d’une variété de personnes sous le confinement, de façon anonyme.

J’ai déjà de très bons éléments mais j’ai besoin du bouche à oreille.

MÉTHODE : comme d’après mon observation beaucoup d’entre vous mettent à profit le confinement comme un moment de retour sur soi et d’introspection, prenez l’habitude de prendre des notes au réveil de ce que vous venez de rêver. Quelques mots-clefs suffisent à ne pas l’oublier par la suite.

Vous pouvez m’envoyer quelques bribes à l’adresse suivante : robinsuiffet@gmail.com

Merci infiniment et dormez bien.

Hi everyone,

I hope everyone’s well and that you sleep well, because this is a call for dreams.
I’m working with psychologists on an illustrated book about the lockdown, and we need dreams to be collected among varied people, and I suppose artists or art-lovers must be good dreamers.
If you can remember something recent I’m a taker. Remember, the best way to catch it when you wake up is to jot down a couple of key words. Then you should be able to remember the main track of it beyond the smell of coffee.
Please email me at robinsuiffet@gmail.com, everything’s good to take.
Thanks a lot
Sweet dreams, folks.

Nemesis, le présent exacerbé

 » Ce que je raconte, c’est l’histoire des deux prochains siècles. Je décris ce qui viendra, ce qui ne peut manquer de venir : l’avènement du nihilisme. Cette histoire peut être dès maintenant contée, car la nécessité elle-même est à l’œuvre. Cet avenir parle déjà par cent signes, ce destin s’annonce de partout ; toutes les oreilles sont déjà tendues vers cette musique future. Toute notre civilisation européenne se meut depuis longtemps déjà dans une attente torturante qui croît de lustre en lustre et qui mène à une catastrophe ; inquiète, violente, précipitée, elle est un fleuve qui veut arriver à son terme, elle ne réfléchit plus, elle redoute de réfléchir. « 

Nietzsche, La volonté de puissance,

esquisse d’un avant-propos, §2, Traduit par Henri Albert

Depuis 2015, mes recherches m’ont mené à expérimenter de multiples techniques, jusqu’à reconstruire radicalement un pont entre texte et image. La méthode que j’ai récemment mise à l’épreuve me permet de mettre à profit nombres de mes acquis autour d’une formule simple :

Composer les chroniques en image des années 2040,

période de crise généralisée d’aspect apocalyptique.

Ces chroniques sont répertoriées dans un journal, du nom de

Nemesis.

La déesse de la vengeance est associée chez les Anciens au pêché d’hybris. C’est l’orgueil de la civilisation dominante qui est la cause des catastrophes à venir, catastrophe personnifiée par la déesse antique. Les chroniques du journal sont un portrait lacunaire d’un futur apocalyptique, dessinant ainsi en creux une zone de flottement entre fiction et réalité. Ironiquement, l’avenir noir dépeint par le projet verra ressurgir les topoï des catastrophes du XXème siècle, selon le schéma philosophique du temps circulaire. Les techniques mises au point ainsi que le rapport entre texte et image se déploient dans ce cadre pour donner chair aux problématiques politiques actuelles, ceci en questionnant notre rapport à l’Histoire et en bousculant le principe d’objectivité sur l’actualité. Le ton, les techniques de montage, le contenu textuel et la manipulation de l’image, tous ces aspects relèvent de la dialectique de la propagande dont je me suis inspiré pour forcer le trait d’une prise de position sur une actualité fictive.

L’Histoire, le journal Nemesis la fait bégayer. Depuis quelques semaines je m’emploie à récolter des images d’archives à retravailler afin d’illustrer les chroniques du futur. Ma collection d’images se compose entre autres de champs de ruines, de victimes de la guerre gisants dans la rue, de colonnes de migrants. Ces images sont issues des catastrophes du XXème siècle, mais par leur détournement et leur intégration dans l’histoire des années 2040, elles contribueront à susciter un sentiment d’étrangeté, une sorte de déjà-vu qui provoque la réflexion sur la circularité de l’Histoire et la précarité de la paix sur le vieux continent. Le sublime, lié depuis toujours à la terreur, sera mis à contribution pour regarder le présent en face.

Nemesis procède à une thérapeutique du présent.

Parler du point de vue du futur, c’est faire un pas de côté et regarder le présent dans son étrangeté. En faire un diagnostic. L’oeil ne peut se regarder lui-même. C’est le miroir ou le changement de point de vue qui renseignent le réel. Prendre de l’avance sur le temps, se retourner et présenter un miroir au présent depuis l’avenir, c’est offrir aux contemporains le risque d’entrer en collision avec le miroir, et leur proposer ainsi d’essayer de freiner avant que cela n’arrive. David Takayoshi Suzuki utilise cette métaphore pertinente : nous fonçons vers un mur dans un grande voiture, et tout ce que nous faisons c’est nous disputer les places à occuper à bord. Quand bien même quelqu’un trouvait la commande de frein ou le volant, la distance de freinage serait encore à prendre en compte. Ma proposition est la suivante : que se passerait-il si nous devions percuter le mur ?

Si l’on parle rationnellement un instant, tout le monde s’accordera pour dire que la « catastrophe » se joue en fait sur la durée, et notre position est d’ailleurs d’estimer que c’est l’absence d’événement brutal, la lenteur de la dégradation de l’écosystème, du capitalisme et des droits de l’homme, qui rend la catastrophe invisible. Mais Nemesis est une matière artistique : elle rend visible l’invisible en rendant brutale une catastrophe lente. Elle s’inspire ainsi d’une notion à la mode : la « collapsologie ». La parole que je propose entre dans ce champ, mais en tant que matière artistique : la percevoir comme une fiction, une œuvre d’art, encourage à en démêler la part de vérité et la part d’exagération, ainsi qu’à s’interroger sur le point suivant :

n’est-il pas nécessaire de noircir le tableau ?

2037-03 Nemesis n°87, hybris
2039-09 Nemesis n°117, attentat tour Glévice
2040-07 Nemesis n°127, mois bombes artisanales
2040-10 Nemesis n°130, francs-tireurs
2041-02 Nemesis n°134, attaques chimiques

Exposition aux Sténopédies de Clermont-Ferrand, octobre 2019

Laissez parler les morts / La droguerie, rue du Port, Clermont-Ferrand / du 5 au 26 octobre 2019, vernissage le 4 octobre, infos sur www.stenope-clermont.com.

En prévision de l’exposition de la série Laissez parler les morts à Clermont-Ferrand dans le cadre des Sténopédies, le festival de photographie clermontois, je vous fais part d’un commentaire sur une des œuvres de l’exposition.

« Vers la fin de la cérémonie, un représentant de l’État et un civil, tous deux assis, discutent de façon tout à fait informelle. La sentence qui accompagne l’image est un proverbe malgache : « Velon dray tsy manjaka ny zaza. » « Du vivant de son père l’enfant ne gouverne pas. » Dans le tiers inférieur, la composition propose un contenu narratif. On a peu de mal à se figurer la scène, à imaginer le contenu de la conversation. Il y a quelque chose d’une conversation intergénérationnelle, entre un doyen et son petit-fils. Leur position à l’identique ainsi que le buisson à l’arrière-plan qui rassemble les deux silhouettes incarnent l’intimité de cette conversation. La deuxième feuille, plus haut, présente un drapeau malgache qui ne flotte pas. Le tiers supérieur enfin fait figurer des nuages que l’interprétation à l’eau déforme pour leur donner l’aspect d’un nuage galactique. Cet aspect est l’effet de la capillarité du papier qui concentre l’encre sur une ligne qui semble être de plus en plus longue à mesure que l’on regarde de près. Ce phénomène simple permet de représenter un motif fractal, cette notion physique qui incarne un ordre cosmique indéniable, implacablement mathématique et terriblement concret. »

Trois ordres apparaissent ainsi dans leur hiérarchie : à la surface de la terre, le monde des hommes ; plus haut, l’État, institution silencieuse mais en position d’autorité ; enfin l’ordre céleste qui assujettit l’ensemble en rappelant, par sa forme, le motif de l’infini et de sa perfection. »

Madagascar

Voir l'invisible

Retournement des morts, province d’Antsirabe, Madagascar, 11 juillet 2018


Exposition

du 11-01-2019 au 04-03-2019

Grenoble, La Bobine

puis en tournée dans Lyon


Le retournement des morts est une tradition malgache au cours de laquelle la famille déterre ses défunts, change leurs linceuls, et fête cette occasion en leur compagnie.

Fanfare

La proximité avec les dépouilles ne s’achève pas en effusions de larmes comme dans notre culture occidentale. L’esprit est à la fête. Au regard de leur pouvoir d’achat, les familles dépensent des fortunes pour l’événement. Notre famille d’accueil cuit un cochon entier pour l’occasion. On perd le compte des caisses de bière et de rhum. Des sorbets arrivent de nulle part dans de grandes bassines. Une fanfare joue pour l’occasion. L’accueil est très chaleureux. Les familles sont fières que deux Blancs leur rendent visite. On me demande régulièrement de prendre des photos.

Banquet

Fernand, notre hôte, me fraye un passage dans la foule vers un des premiers cercueils exhumés. Là se trouve un corps enturbanné dans un linceul. Fernand le saisit et le porte à bout de bras au-dessus de sa tête. Au-dessus de lui, un soleil d’hiver pâle. J’ai appris plus tard qu’il s’agissait de son père.

À plusieurs occasions, de jeunes femmes sont prises de convulsions, leurs proches essaient de les maîtriser. J’avais du mal à croire une telle puissance de la psyché dont on m’avait déjà parlé. Il s’agissait bel et bien de cas de transe.

Silhouette fat

Mon travail d’artiste consiste depuis dix ans à étudier le principe du sublime esthétique. Il s’agit de l’homologue de la beauté du côté de la peur. Un mélange de terreur et d’admiration lorsque l’on ose regarder l’abîme ou l’infiniment grand. Selon Kant, « sublime mathématique » lorsque l’on prend conscience de la petitesse de notre existence à l’échelle des astres, « sublime dynamique » lorsqu’une avalanche vous arrive dessus.

Tertre

Exhumation cadre brisé

Et ce sont bien des forces colossales dont j’étais témoin à cette occasion. Les morts vous interpellent et vous forcent le regard vers l’immensité de l’Histoire, et vous forcent à y prendre place. Les esprits des morts participaient à la célébration. La photographie permet d’en garder une trace. La peinture permet elle de rajouter le filtre mystique qui dépasse le simple relevé mécanique de traces de lumière. Il en résulte une épiphanie (révélation d’une réalité cachée) qui fait entendre par échos la voix des morts.

Collaboration Khwezi Strydom

Que disent les morts ? Ils appellent à oublier un instant l’étroitesse de nos existences insignifiantes pour tourner le regard vers la profondeur des âges. Leur corps retournant à la poussière nous rappellent la vanité de nos vies. Leur oubli progressif nous pousse à oublier nos egos. La beauté est rassurante et on finit par l’oublier. Le Sublime lui, terrible épiphanie, traumatise et remet les pendules à l’heure.

Signature 2

Texture, une exposition d’art total

samedi 26 mai à 19h

Le Nid de Poule

17 rue Royale

69001 Lyon

http://www.facebook.com/events/211404439635216/

Art et enjeux contemporains

L’exposition de Robin Suiffet prend appui sur la notion de « sublime » en philosophie esthétique, terme qui lie terreur et admiration dans la contemplation de phénomènes naturels violents. Son travail d’enchantement du public part d’une lassitude sur de nombreux pans de la société moderne. L’art à portée de tous semble perdre du terrain au profit des ventes à plusieurs millions des grands revendeurs. La spiritualité et le sacré sont à tort décrédibilisés par les extrémismes religieux. Enfin, plus près de nous, l’art plastique populaire semble se réduire à l’amateurisme de la peinture du dimanche. Sa pratique de l’art, viscéralement liée à un parcours de montagnard illuminé par la nature, réunit à la fois un travail acharné et en perpétuelle remise en question, une vision immanente du sacré qu’il a découvert en terre hostile, mais également une accessibilité à l’art qu’il inscrit dans une pensée politique. On redécouvre l’art dans une expérience totale mêlant vidéo, musique et art plastique. Loin d’un vernissage habituel, avec son brouhaha et sa lumière crue, on assiste ici dans la convivialité à une sorte d’envoûtement pédagogique.

Flocon d’Art 5, exposition patrimoine et empreinte du temps

introépave bateau 1épave bateau 2épave bateau 3ensembleensemble branches

 

Vaisseau

Le bateau dont les restes sont exposés ici arrive en ligne droite de l’ancien temps. « L’ancien temps » ? Quel est le sens de cette expression désuète ?

Elle rassemble un lot d’images d’Épinal (la descente en Ramasse), de symboles (le cerclage du Beaufort), de légendes (le diable de Bessans), mais aussi de styles et d’esthétiques (le sépia, la photographie ancienne, la peinture de retable).

Au cœur-même de l’expression, il y a aussi l’idée d’une époque révolue : « C’était mieux avant » pour les plus nostalgiques. Il est vrai qu’il est parfois triste de voir les anciens refuser la modernité, mais comme partout, il faut essayer de comprendre leur point de vue, et partager avec eux un regard sinon sceptique au moins dubitatif sur les relâchements de la modernité. Trouvez les tares que vous estimez être inhérentes à la modernité (que l’on rattache souvent historiquement aux débuts du développement de l’ère industrielle). Si vous les confrontez aux images nostalgiques du passé, vous trouverez la trace de plus haute attentes de l’ère contemporaine : davantage d’altruisme, de dévotion, du respect pour soi-même et pour les autres, tout un lot de belles notions surannées. La réponse du cynique contemporain est toute faite : « ces valeurs ne tiennent plus dans un monde contemporain bien plus complexe que cette image d’Épinal simpliste ».

Je propose de sortir de ce débat par la comparaison suivante, très bien sentie par le journaliste Steve Honig : la Règle d’Or de l’âge classique était : « traite les autres comme tu voudrais être traité ». La Règle d’Or d’aujourd’hui ? « Celui qui a l’or décide des règles ».

Robin Suiffet

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Pierre de cendres et d’âme.

On voulait de Pierre qu’il ait des mains de femme, la seule chose que lui voulait c’était grimper aux arbres. Il l’avait conservé comme un trésor et dans un dernier mouvement déposé ici sur ce socle. Témoin d’éternité dans la fragilité d’une vie. Ce souvenir matérialisé dans une création était venu après la fin des hommes

Alexis Gnilka

Montmélianretablesérie

 

Photo-peinture

La gomme bichromatée inscrit la perte au cœur-même du processus de développement : cette technique photographique ancienne (mise au point autour de 1850) implique l’utilisation du bichromate de potassium, qui vient d’entrer depuis peu dans la liste des produits chimiques interdits en Union Européenne.

Sur un plan moins pragmatique, le rendu diaphane de l’image est le résultat d’une trace, celle d’un négatif sur une émulsion photosensible. C’est au cœur du processus photographique, autant que dans le rendu fantomatique, que se trouve l’expression artistique de l’usure.

Une autre série d’images implique de simples impressions jet d’encre sur papier Arches ou Canson retravaillées à l’aquarelle, entre autres techniques. Entre photographie et peinture, cette pratique hybride articule ainsi deux pôles de la pratique artistique : d’une part une pratique intuitive de l’art avec l’aquarelle, symbole s’il en est un de l’expression artistique libre, d’autre part la subordination à la technologie et la reproductibilité à l’infini de l’image.

L’encre de l’image imprimée est facilement en proie à la dilution, au mélange, à l’amalgame, au chaos de la « soupe primordiale » ; le papier, lui, se métamorphose au contact de l’eau, du feu et du frottement des pinceaux ; autant d’usures qui donnent chair au vieillissement en un laps de temps très court.

Les impressions jet d’encre retravaillées à l’eau illustrent dans leur thème et leur procédé la pente glissante de la modernité : montée des eaux et rapprochement de la catastrophe écologique, avenir flou guidé par des principes dilués dans le consumérisme, en bref, accélération des flux.

Le vieillissement accéléré appliqué à une image d’aujourd’hui fait prendre au regardeur le recul des années sur un sujet qui lui est contemporain. L’image qui en résulte recoupe de près mon désir théorique de prendre de la hauteur sur ce qui s’offre à l’œil ; de mettre en regard, au quotidien, notre conscience avec l’Histoire ; enfin de remettre l’observateur à l’échelle de son environnement dans toute sa petitesse. Du haut de ces montagnes, plus de soixante millions d’années d’Histoire vous contemplent.

Robin Suiffet

marcher avec le ChristavalanchesglaciersTriptyqueSt Françoisinondationniveau de l'eau

 

Linogravures

On trouve dans les légendes la trame de notre inconscient collectif. Celui-ci, reclus dans les bas-fonds de la pensée, alors que les générations se succèdent et se remplacent à la surface, reste inchangé au fil des époques.

La triade suivante du Tarot rassemble le Diable, la Maison-Dieu et Tempérance.

Le diable de Bessans est une figure légendaire locale. Dès lors qu’il apparaît dans un conte, il tente le héros en lui promettant d’être riche. Sa forme curviligne incarne le serpent et la tentation. Son doigt tendu pique pour trouver les points faibles. La fourche pointe dans l’autre direction, mais elle n’attend qu’un geste rapide pour embrocher le pêcheur et l’entraîner dans l’abyme.

Maison-Dieu : le ciel punit l’humanité du pêché d’orgueil (hybris, la démesure). La tour est décapitée, ses habitants se jettent par la fenêtre. La tour de Babel se fend et s’écroule.

Tempérance incarne l’alternative à la tentation et l’hybris : elle est le symbole de la mesure. Le contenant de ses deux coupes reste toujours de quantité égale, en vase clos. Elle incarne la permanence de la biosphère.

Robin Suiffet

Diable BessansMaison-Dieutempérancetriptyque Alexis

 

Le merveilleux malheur de Marble.

Claude le père de marble l’avait abandonné. Il ne se servait pas des instruments traditionnels de la peinture, il ne faisait pas de tableaux. Comme un peintre qui ne fait pas de peinture. Il n’avait pas d’autres messages à transmettre que la trace de notre passage brûlant, le signe de notre condition de comètes. Pourtant des années plus tard il l’admit comme sa création, car elle avait changé, elle n’était plus vide mais pleine de son absence. Il ne se pardonna jamais son acte et disparut dans le silence avec les autres. Et pour elle qui avait l’éternité pour y songer c’était un merveilleux malheur

Alexis Gnilka

 

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Allégorie de Marie-Louise

Marie Louise avait besoin de ses pierres pour respirer. Elle les posaient sur son ventre et sentait son sang traverser son corps dans un long silence. Elle savait qu’une éternité à paraître toujours agréable l’attendait. Paraître car elle n’était pas le sujet. Une vieille cariatide sur une console Louis XIV n’était là qu’à des fins purement esthétiques.

Le sujet, lui, était le tout dans un vide abyssal. Dans le vide apparaît la création ; ce n’est pas rien ! On se demande, nous, les créations, si le sujet fut un vide à ajouter au néant ou une place légitime à la construction de l’identité. Maintenant il ne reste que des pierres, des ruines de grandes créations et des petites aussi, à l’intérieur des grandes. Le sujet est tu. Il est silence, maintenant. Pour certains, il l’a toujours été, Claude disait « L’alphabet de la peinture n’appartient ni à la parole, ni à la pensée logique. L’art n’a besoin d’aucune question ; c’est une question qui veut demeurer telle ». Elle enviait le sujet même s’il n’était plus, car lui, était libre.

Alexis Gnilka

 

 

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