Robin Suiffet est né en 1988 à Annecy où il vit et travaille. Il crée, grave et peint des contenants scellés (boîtes, livres, enveloppes). Dans les symboles qu’ils présentent et par le sceau qui retranche le contenu du regard, ces objets sont énigmatiques et leur matérialité chargée d’une aura.
Le peintre et graveur explore en ces termes la notion de sublime. Mais au lieu d’illustrer le sublime dans de grands formats, il l’invoque dans ces microcosmes évasifs, à l’image d’un concept par essence fuyant. Ces contenants scellés donnent des directions à l’imagination qui trouve en elle-même ses propres moyens d’accéder à de grandes échelles.
Le massif des Alpes a marqué sa pratique en lui démontrant la vanité de la présence humaine au sein d’éléments gigantesques et potentiellement hostiles. Des déductions écologiques en découlent, de même qu’une fascination pour les mystères à répétition auxquels nous expose la nature.
Le mystère se retrouve dans son langage artistique, qui s’articule à la fois dans l’image de surface et dans le support lui-même. Les boîtes sont gravées avant d’être peintes, offrant ainsi une double lecture, aux sens divergents, entre le trait et la couleur de l’image de surface, et la brillance et les ombres offertes par le relief de la gravure. Sur papier, cette dialectique fait dialoguer l’estampe avec l’embossage, qui fait surgir des formes de la profondeur du contenant vers sa surface.
Ses œuvres les plus reconnaissables sont les œuvres scellées réunies autour de sentences juridiques latines (exposition Les Tables de la loi) : chaque œuvre scellée propose par son image de surface ainsi que par son volume hermétique une lecture d’un principe juridique fondamental. Inspiré par le concept du sublime dans le contexte de ses Alpes natales, R. Suiffet expose à Lyon, au Mont-Cenis, à Grenoble et à Paris. En 2022, il a remporté le prix Charles Oulmont.
Contactez par mail pour connaître la disponibilité des travaux exposés sur ce site, à l’adresse robinsuiffet@gmail.com.
Présentation par un tiers
« Robin Suiffet déclare qu’il vit et travaille à Annemasse. Il se met sous l’égide d’une montagne qui se meut, qui peut se mouvoir, celle de Kant et du sentiment du sublime. Les titres des manifestations de Robin Suiffet, Infrastructures, Des galeries sous la montagne, Enterré sous le lac, Des carnets sous la montagne, génèrent un frisson d’inquiétude ; Ramuz n’est pas loin… Est-ce cette grande peur dans la montagne si proche qui inspire sa quête du sublime, sans cesse renouvelée dans la peinture, la gravure, le texte, le film ?
Une quête conceptuelle qui s’ancre sur la matière, celle du bois entaillé de la pratique savoyarde traditionnelle, celle de la lumière qui continue l’entaille ou en métamorphose l’apparence, voire la colore, et enfin celle de l’eau qui vient diluer l’impression au jet d’encre pour instaurer dans l’image un espace de trouble et de naufrage, pour nous faire avancer sans tourner en rond dans la nuit. »
Maria Lund, présidente de la commission d’arts plastique,
remise du prix Charles Oulmont 2022,
le samedi 03 décembre 2022
BIO
Expositions personnelles choisies
| 2026 | Les Tables de la Loi, Pyramide du Mont-Cenis, Lanslebourg, France |
| 2025 | Ascension, Pyramide du Mont-Cenis, Lanslebourg, France |
| 2024 | Les Échelles, La Redoute Marie-Thérèse, Avrieux, France Des Carnets sous la montagne, Simone, Lyon, France |
| 2023 | Cela aussi passera, Pyramide du Mont-Cenis, Lanslebourg, France |
| 2021 | Laissez parler les morts, l’Alcôve, Lyon, France |
| 2020 | Nemesis, Le Zèbre, Lyon, France |
| 2019 | Laissez parler les morts, La Bobine, Grenoble, France |
| 2018 | Texture, Le Nid de Poule, Lyon, France |
Expositions collectives choisies
| 2026 | Ada face à la violence de l’État, galerie le Bleu du Ciel, Lyon, France |
| 2024 | Novembre à Vitry, galerie municipale de Vitry-sur-Seine, Vitry-sur-Seine, France Back to the Grimoire, Propeller Gallery, Toronto, Canada |
| 2023 | Regard sur l’Art, Pas de l’Échelle, Étrembières, France Échelle bleue, Galerie Villamagna, Ville-la-Grand, France États Sauvages, Galerie La Ralentie, Paris, France |
| 2022 | Remise du prix Charles Oulmont, Musée des Avelines, Saint-Cloud, France |
| 2021 | La Nature comme socle, Institut Iliade, Paris, France |
| 2019 | Retournement des morts, Festival Sténopédie, Clermont-Ferrand, France |
| 2018 | Patrimoine et empreinte du temps, Festival Flocon d’Art, la Turra, Lanslebourg, France |
| 2017 | Le puits cadenassé, Festival Flocon d’Art, la Turra, Lanslebourg, France Paroles en friche, Taverne Gutenberg, Lyon, France |
Prix
| 2022 | Prix Charles Oulmont, Lauréat, Fondation de France, Musée des Avelines, Saint-Cloud, France |
Démarche
Un objet (informationnel ou matériel) est à l’origine des œuvres. L’objet est placé dans un livre ou une boîte. À la suite de quoi, le livre ou la boîte sont travaillés en profondeur et en surface en résonance avec l’objet. Enfin, le livre ou la boîte sont scellés. Le travail de la boîte fait intervenir la gravure et la sculpture sur plusieurs essences de bois, l’huile, l’acrylique, le brou de noix, le goudron, le charbon de bois, la calcination ; le travail sur le livre fait intervenir le monotype, la gravure (sur bois, zinc, plexiglas), le frottage, la photographie, retravaillée à la peinture ou non, l’impression jet d’encre aquarellée, la reliure. Les compositions sont verticales, lacunaires, polarisées, dans l’instant, l’urgence ; le traitement impressionniste, énigmatique et contrasté. La présence de l’écriture brouille davantage les pistes (langues et alphabets étrangers, ratures, titres implicites). Ces éléments incarnent une conscience en mouvement, analytique et réticulaire, cherchant, grâce à un objet caché, à prendre la mesure d’échelles qui nous dépassent.
Le dialogue entre surface et volume amplifie le mystère d’une œuvre à tiroir. Le sens labyrinthique qui en résulte génère une désorientation nécessaire à la perception de la question du sublime. Cette question anime l’artiste qui a grandi près des glaciers fondant à vue d’œil, forçant chez lui une urgence de rendre compte de problématiques aussi immenses que complexes que celles imposées par l’écologie, mais aussi l’urgence de montrer l’immensité pour ses vertus heuristiques et éthiques : la concaténation des échelles devenues conscientes procède à un ajustement ontologique et moral particulièrement nécessaire dans une modernité en crise d’orientation. Les montagnes sont une incarnation de la puissance de la nature et un rappel de la vanité et de la fragilité de l’existence humaine. Mais les montagnes, à la fois promontoires et points de passage, offrent également une large vue sur le monde et la complexité des enjeux contemporains. Elles sont notamment l’épicentre de questions soulevées par les frontières et les territoires.
