Nemesis

Depuis 2015, mes recherches m’ont mené à expérimenter de multiples techniques, jusqu’à reconstruire un pont entre texte et image. La méthode que j’ai récemment mise à l’épreuve me permet de mettre à profit nombres de mes acquis autour d’une formule simple : composer les chroniques en image des années 2040, période de crise généralisée d’aspect apocalyptique. Ces chroniques sont répertoriées dans un journal, du nom de Nemesis. Ces chroniques du futur sont accompagnées pendant l’exposition d’artefacts du début des années 2000 sélectionnés en tant qu’ils dénoncent un mode de vie dérégulé à l’origine des catastrophes écologiques à venir.

La déesse de la vengeance est associée chez les Anciens au pêché d’hybris. C’est l’orgueil de la civilisation dominante qui est la cause des catastrophes à venir, catastrophe personnifiée par la déesse antique qui titre les chroniques au cœur de mon projet d’exposition. Les chroniques du journal sont un portrait lacunaire d’un futur apocalyptique, dessinant ainsi une zone de flottement entre fiction et réalité dans le cadre de ce qui ressemble ironiquement à un temps circulaire. Les techniques mises au point ainsi que le rapport entre texte et image se déploient dans ce cadre pour donner chair aux problématiques politiques actuelles, ceci en questionnant notre rapport à l’Histoire et en bousculant le principe d’objectivité sur l’actualité.

Nemesis procède à une thérapeutique du présent. Parler du point de vue du futur, c’est faire un pas de côté et regarder le présent dans son étrangeté. En faire un diagnostic. L’oeil ne peut se regarder lui-même. C’est le miroir ou le changement de point de vue qui renseigne le réel. Prendre de l’avance sur le temps, se retourner et présenter un miroir au présent depuis l’avenir, c’est offrir aux contemporains le risque d’entrer en collision avec le miroir, et leur proposer ainsi d’essayer de freiner avant que cela n’arrive. Une notion à la mode est celle de « collapsologie ». La parole que je propose entre dans ce champ, mais en tant que matière artistique : la percevoir comme une fiction, une œuvre d’art, encourage à en démêler la part de vérité et la part d’exagération, ainsi qu’à s’interroger sur le point suivant : n’est-il pas nécessaire de noircir le tableau ?

Nemesis 204006 – Fort de la Turra, juin 2019, encre – jet d’encre, A3